Le gesso et la préparation d’un panneau à peindre
L’emploi du gesso
Cennino Cennini, peintre et écrivain toscan
“Moi, Cennino, fils d'Andrea Cennini, né à Colle di Valdelsa, fus formé aux secrets de l'art pendant douze ans par le fils de Taddeo, Agnolo (Gaddi) de Florence, mon maître. Lui-même apprit son art de Taddeo son père. Taddeo fut baptisé par Giotto, qui le garda comme élève pendant vingt-quatre ans. Giotto changea l'art de la peinture ; de la forme grecque il la conduisit à la forme latine moderne. Il posséda l'art le plus complet que jamais personne ait eu ensuite en sa puissance. Pour l'utilité de tous ceux qui veulent parvenir à cet art, j'enregistrerai ce qui me fut appris par Agnolo mon maître, et ce que j'ai essayé de ma main et vérifié”…
Ainsi se présente Cennino Cennini dans la première partie de son livre intitulé "Traité de la peinture" (Wikisource, une bibliothèque de textes libres et gratuits que tout le monde peut enrichir). C’est un recueil de recettes d’atelier rédigé en langue volgare mélange de toscan et de vénitien à Padoue et daté de 1437.
Dans la sixième partie du “Traité de la peinture”, Cennino Cennini décrit “Comment il faut commencer à travailler sur tableaux ou panneaux”.
Gorgio Vasari le cite dans Le Vite (Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes) dans la notice biographique d'Agnolo Gaddi.
La préparation d’un panneau entoilé
“Maintenant venons-en à travailler sur panneaux, à faire des tableaux. D'abord, le panneau doit être fait de bois nommé tilleul ou saule, qui soit bien choisi. Regarde si le corps du panneau est plat, s'il y a des nœuds ou des défauts, s'il ne s'y trouve pas de taches de graisse”...
“prends une vieille toile de lin, fine, blanche, sans aucune tache de graisse ; aie prête la meilleure colle, coupe ou déchire des bandes de cette toile grandes et petites, trempe-les dans la colle et étend-les avec les mains sur le plat desdits panneaux. Enlève d'abord les coutures avec la paume de la main, aplanis-les bien, et laisse sécher pendant deux jours”...
“Maintenant il faut que tu aies un plâtre que l'on nomme plâtre fin ; il est du même plâtre, mais purgé pendant environ l'espace d'un mois et tenu humide dans un mortier. Change l'eau chaque jour, qu'elle ne se pourrisse pas, et enlève du plâtre toute sa chaleur ; il deviendra doux comme soie. Alors on jette l'eau, et on fait des pains que l'on laisse sécher”...
“Quand tu as mis les couches de gros plâtre, raclé bien uni, aplani bien délicatement, prends de ce plâtre fin, mets-le dans un vase d'eau claire, pain à pain, et laisse-le boire autant qu'il voudra ; puis mets-le peu à peu sur la pierre à broyer, et broye-le à perfection, sans y ajouter plus d'eau ; puis mets-le sur un morceau d'étoffe forte de lin blanc. Répète l'opération jusqu'à ce que tu en aies la valeur d'un pain, que tu enfermeras dans ce linge et laisseras égoutter : que toute l'eau en sorte autant que possible. Quand tu en as broyé ce qu'il te faut (...), aie de cette même colle avec laquelle tu as encollé le gros plâtre”. (...)
aie une bassine neuve qui ne soit pas grasse : si elle était de verre, cela vaudrait mieux. Prends le linge où est ton plâtre, et avec le couteau taille-le mince comme si tu coupais du fromage, mets-le dans ton bassin, verse de la colle dessus, et avec la main pétris ton plâtre comme si tu faisais une pâte pour la friture, pétris-le avec adresse et si complètement qu'il n'y reste aucun morceau. Puis, dans un chaudron d'eau bien chaude, mets ton vase avec le plâtre encollé : ainsi le plâtre se tient chaud et ne bout pas ; s'il bouillait, il serait gâté. Lorsqu'il est chaud, prends ton panneau, avec un assez gros pinceau de soies bien doux, trempe dans le vase pour en prendre assez ni trop ni trop peu, et étendre une couche sur le plein, le cadre, les feuillages, etc. Il est vrai que pour cette première couche, tu dois, en la donnant, passer avec les doigts la paume de la main, aplanir et frotter partout pour aider à bien incorporer le plâtre fin avec le gros. Quand tu as fait ainsi, recommence, donne une nouvelle couche, cette fois sans frotter ; puis laisse-le reposer un peu, pas assez pour qu'il sèche complètement, et redonne une nouvelle couche dans l'autre sens, toujours au pinceau. Laisse sécher selon l'habitude ; puis donne une autre couche dans un autre sens toujours ainsi, et tiens bien ton plâtre chaud. Tu en donneras sur les plats au moins huit couches, sur les feuillages et autres reliefs on en donne moins ; mais sur les pleins on n'en peut trop donner, à cause du grattage qui se fait ensuite”.
Avis aux apprentis
“Sache que voici le compte du temps qu'il te faut pour apprendre. D'abord il te faut un an pour étudier le dessin élémentaire que tu exécutes sur tablettes. Pour rester avec le maître dans sa boutique, te mettre au courant de toutes les branches qui appartiennent à notre art, en commençant par broyer les couleurs, cuire les colles, pétrir les plâtres, te rendre pratique dans la préparation des panneaux, les rehausser, les polir, mettre l'or et bien faire le grené, il te faut six ans. Ensuite, pour étudier la couleur, orner de mordants, faire des draperies d'or et te rompre au travail sur mur, il te faut encore six ans, dessinant toujours, n'abandonnant ton dessin ni jour de fête ni jour de travail. Ainsi la nature, par la grande habitude, se convertit en bonne pratique. Autrement, quelque chemin que tu prennes, n'espère pas arriver à la perfection. Il y en a beaucoup qui disent que sans avoir été avec les maîtres ils ont appris l'art. Ne le crois pas. Je te donnerai pour exemple ce livre : si tu l'étudiais jour et nuit sans aller pratiquer chez quelque maître, tu n'arriverais jamais à rien, rien qui puisse faire bon visage placé près des grands peintres”.






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