Le gesso et la préparation d’un panneau à peindre

Pot de Gesso Primer de Talens

L’emploi du gesso

Le gesso n'est pas un dérivé du pétrole produit par la marque Esso ! C'est un apprêt couramment utilisé en beaux-arts, généralement blanc - voire transparent ou noir, qui peut aussi être coloré avec de la peinture acrylique - pour préparer une toile à peindre (lin ou coton), un panneau de bois, du contre-plaqué, de l'isorel ou du carton... Pour ma part j'utilise le Gesso Primer de Talens dont la base est une dispersion de résine d'acrylate pigmentée. Le gesso est un terme emprunté à l'italien hérité d'un mot latin issu du grec gypsos, signifiant gypse ou plâtre, à base autrefois de craie et de colle animale. Le gesso s'applique au pinceau, au rouleau ou au couteau à peindre, épais ou dilué en une ou plusieurs couches déterminant ainsi l'aspect de la texture finale selon le souhait de l'artiste. Il peut être poncé.

Cennino Cennini, peintre et écrivain toscan

“Moi, Cennino, fils d'Andrea Cennini, né à Colle di Valdelsa, fus formé aux secrets de l'art pendant douze ans par le fils de Taddeo, Agnolo (Gaddi) de Florence, mon maître. Lui-même apprit son art de Taddeo son père. Taddeo fut baptisé par Giotto, qui le garda comme élève pendant vingt-quatre ans. Giotto changea l'art de la peinture ; de la forme grecque il la conduisit à la forme latine moderne. Il posséda l'art le plus complet que jamais personne ait eu ensuite en sa puissance. Pour l'utilité de tous ceux qui veulent parvenir à cet art, j'enregistrerai ce qui me fut appris par Agnolo mon maître, et ce que j'ai essayé de ma main et vérifié”…

Source : Traité de la peinture de Cennino Cennini. Mis en lumière pour la première fois avec des notes par le chevalier G. Tambroni. Traduit par Victor Mottez. Renouard, Paris - Lefort, Lille. 1858. Page 31.

Ainsi se présente Cennino Cennini dans la première partie de son livre intitulé "Traité de la peinture" (Wikisource, une bibliothèque de textes libres et gratuits que tout le monde peut enrichir). C’est un recueil de recettes d’atelier rédigé en langue volgare mélange de toscan et de vénitien à Padoue et daté de 1437. 


Page de titre du Traité de la peinture de Cennino Cennini, 1858

Dans la sixième partie du “Traité de la peinture”, Cennino Cennini décrit “Comment il faut commencer à travailler sur tableaux ou panneaux”.

Gorgio Vasari le cite dans Le Vite (Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes) dans la notice biographique d'Agnolo Gaddi.

La préparation d’un panneau entoilé

“Maintenant venons-en à travailler sur panneaux, à faire des tableaux. D'abord, le panneau doit être fait de bois nommé tilleul ou saule, qui soit bien choisi. Regarde si le corps du panneau est plat, s'il y a des nœuds ou des défauts, s'il ne s'y trouve pas de taches de graisse”...

Source : Traité de la peinture de Cennino Cennini. Mis en lumière pour la première fois avec des notes par le chevalier G. Tambroni. Traduit par Victor Mottez. Renouard, Paris - Lefort, Lille. 1858. Page 107.

Après avoir rempli avec de la colle mélangée à de la sciure les nœuds et défauts, puis gratté, encollé de plusieurs couches le panneau,

“prends une vieille toile de lin, fine, blanche, sans aucune tache de graisse ; aie prête la meilleure colle, coupe ou déchire des bandes de cette toile grandes et petites, trempe-les dans la colle et étend-les avec les mains sur le plat desdits panneaux. Enlève d'abord les coutures avec la paume de la main, aplanis-les bien, et laisse sécher pendant deux jours”...

Source : Traité de la peinture de Cennino Cennini. Mis en lumière pour la première fois avec des notes par le chevalier G. Tambroni. Traduit par Victor Mottez. Renouard, Paris - Lefort, Lille. 1858. Page 108.

Ensuite, on doit enduire avec du gros plâtre le plat du tableau ou de la planche, laisser sécher deux ou trois jours.

“Maintenant il faut que tu aies un plâtre que l'on nomme plâtre fin ; il est du même plâtre, mais purgé pendant environ l'espace d'un mois et tenu humide dans un mortier. Change l'eau chaque jour, qu'elle ne se pourrisse pas, et enlève du plâtre toute sa chaleur ; il deviendra doux comme soie. Alors on jette l'eau, et on fait des pains que l'on laisse sécher”...

“Quand tu as mis les couches de gros plâtre, raclé bien uni, aplani bien délicatement, prends de ce plâtre fin, mets-le dans un vase d'eau claire, pain à pain, et laisse-le boire autant qu'il voudra ; puis mets-le peu à peu sur la pierre à broyer, et broye-le à perfection, sans y ajouter plus d'eau ; puis mets-le sur un morceau d'étoffe forte de lin blanc. Répète l'opération jusqu'à ce que tu en aies la valeur d'un pain, que tu enfermeras dans ce linge et laisseras égoutter : que toute l'eau en sorte autant que possible. Quand tu en as broyé ce qu'il te faut (...), aie de cette même colle avec laquelle tu as encollé le gros plâtre”. (...)

aie une bassine neuve qui ne soit pas grasse : si elle était de verre, cela vaudrait mieux. Prends le linge où est ton plâtre, et avec le couteau taille-le mince comme si tu coupais du fromage, mets-le dans ton bassin, verse de la colle dessus, et avec la main pétris ton plâtre comme si tu faisais une pâte pour la friture, pétris-le avec adresse et si complètement qu'il n'y reste aucun morceau. Puis, dans un chaudron d'eau bien chaude, mets ton vase avec le plâtre encollé : ainsi le plâtre se tient chaud et ne bout pas ; s'il bouillait, il serait gâté. Lorsqu'il est chaud, prends ton panneau, avec un assez gros pinceau de soies bien doux, trempe dans le vase pour en prendre assez ni trop ni trop peu, et étendre une couche sur le plein, le cadre, les feuillages, etc. Il est vrai que pour cette première couche, tu dois, en la donnant, passer avec les doigts la paume de la main, aplanir et frotter partout pour aider à bien incorporer le plâtre fin avec le gros. Quand tu as fait ainsi, recommence, donne une nouvelle couche, cette fois sans frotter ; puis laisse-le reposer un peu, pas assez pour qu'il sèche complètement, et redonne une nouvelle couche dans l'autre sens, toujours au pinceau. Laisse sécher selon l'habitude ; puis donne une autre couche dans un autre sens toujours ainsi, et tiens bien ton plâtre chaud. Tu en donneras sur les plats au moins huit couches, sur les feuillages et autres reliefs on en donne moins ; mais sur les pleins on n'en peut trop donner, à cause du grattage qui se fait ensuite”.

Source : Traité de la peinture de Cennino Cennini. Mis en lumière pour la première fois avec des notes par le chevalier G. Tambroni. Traduit par Victor Mottez. Renouard, Paris - Lefort, Lille. 1858. Pages 109 à 111.

Il faut encore raser et racler le panneau enduit de plâtre fin. Enfin, on commence à dessiner son tableau avec le charbon, et comment on raffermit avec l'encre.

Vignette issue du Traité de la peinture de Cennino Cennini, 1858
Vignette issue du Traité de la peinture de Cennino Cennini, 1858

Avis aux apprentis

“Sache que voici le compte du temps qu'il te faut pour apprendre. D'abord il te faut un an pour étudier le dessin élémentaire que tu exécutes sur tablettes. Pour rester avec le maître dans sa boutique, te mettre au courant de toutes les branches qui appartiennent à notre art, en commençant par broyer les couleurs, cuire les colles, pétrir les plâtres, te rendre pratique dans la préparation des panneaux, les rehausser, les polir, mettre l'or et bien faire le grené, il te faut six ans. Ensuite, pour étudier la couleur, orner de mordants, faire des draperies d'or et te rompre au travail sur mur, il te faut encore six ans, dessinant toujours, n'abandonnant ton dessin ni jour de fête ni jour de travail. Ainsi la nature, par la grande habitude, se convertit en bonne pratique. Autrement, quelque chemin que tu prennes, n'espère pas arriver à la perfection. Il y en a beaucoup qui disent que sans avoir été avec les maîtres ils ont appris l'art. Ne le crois pas. Je te donnerai pour exemple ce livre : si tu l'étudiais jour et nuit sans aller pratiquer chez quelque maître, tu n'arriverais jamais à rien, rien qui puisse faire bon visage placé près des grands peintres”.

Source : Traité de la peinture de Cennino Cennini. Mis en lumière pour la première fois avec des notes par le chevalier G. Tambroni. Traduit par Victor Mottez. Renouard, Paris - Lefort, Lille. 1858. Page 102.

Vignette issue du Traité de la peinture de Cennino Cennini, 1858

Victor Mottez, traducteur du traité de l’Art

Autoportrait de Victor Mottez, peintre et traducteur du Traité de la peinture de Cennino Cennini, 1858


Victor-Louis Mottez, né le 13 février 1809 à Lille et mort le 7 juin 1897 à Bièvres, est un peintre français. Il s'est illustré dans le renouveau de l'art de la fresque au XIXe siècle. Il est également connu comme le traducteur du traité de l’Art de Cennino Cennini.

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